C'est toujours déconcertant d'apprendre qu'un ami, ou un proche, soit mêlé, à priori, dans une affaire des plus glauques. On n'en croit pas ses oreilles et ses yeux et c'est bien naturel. La surprise s'abat, telle un coup de massue. Le scandale, relayé par la rapidité de l'information, aujourd'hui transmise à la vitesse de la lumière, multiplie à l'infini les supputations, mêlées à une réalité que l'on refuse d'emblée. Ce qui arrive à DSK est tragique, dans l'absolu. Vrai ou fausse, et personne n'a la réponse, l'histoire en elle-même suscite les passions, dans un sens ou dans l'autre. Des opposants du PS ont trouvé, en cet évènement, une aubaine (politique) et ont tenté d'en profiter. Ils sont un certain nombre. Citons seulement un exemple, parmi les plus spectaculaires, rendu mille fois public puisque l'intéressé n'a pas été avare en déclarations. Bernard Debré, tout de go, a annoncé la couleur. Pour lui, DSK est bien coupable. C'est sûr, il le savait. Nullement besoin de conditionnel, la cause est entendue " C'est une honte pour la France", entre autres légèretés. Espérons que Monsieur Debré saura trouver les mots qu'il faut, si par hypothèse Dominique Strauss-Kahn était disculpé. Mais le mal aura été fait. Et s'il était condamné, ce serait une décision du tribunal après enquête et non pas sur la seule foi de Bernard Debré....
De l'autre côté, celui des soutiens de DSK, la méthode n'est pas plus heureuse. Avant même une décision du tribunal, "...il est bien incapable de commettre une telle horreur". Tout le monde, (les esprits clairs et censés) de gauche ou de droite, osent l'espérer. Mais, les français ont assisté, là aussi, à un déferlement de déclarations à l'emporte-pièce. La palme revient à deux personnes, probablement très respectables, mais visiblement déconnectés du moindre réalisme. Madame Sebban, conseillère régionale socialiste d'Ile-de-France, crie au "complet international". Elle en est sûre et certaine. Puis le maire de Sarcelles, François Pupponi, surenchérit, "Ce nest pas possible, je vous le dis, je le connait depuyis 25 ans, il ne peut être coupable de harcèlement, il n'a jamais attaqué personne". Monsieur le maire, de fait, connait les faits et geste de son ami, ancien maire. Avec une telle passion l'on pourrait imaginer qu'il a tenu la chandelle tout au long de la vie privée de DSK. Il connait tout, heure par heure et minute par minute. Pour Monsieur Pupponi, il n'y a pas de doute, le complot est avéré.
C'est ainsi. Les esprits les plus tolérants peuvent parfois sombrer dans ce genre d'état second, où rien ni personne ne peut leur faire entendre raison. C'est l'irrationnel complet.
Les exemples sont nombreux. Le dernier évènement en date est la tragédie du 11 septembre 2001, à New-York. Pour nombre de gens, il n'y a jamais eu d'avion qui s'est écrasé contre le Pentagone. Des associations se sont créées, qui tentent par tous les moyens de démontrer la supercherie. Un citoyen français a écrit un livre sur le sujet qui a eu un retentissement mondial. Pour les deux avions écrasés contre les tours, c'était seulement pour mettre à feu le dispositif installé de haut en bas des tours, permettant leur écroulement. Un complot fomenté, bien évidemment, par la CIA et quelque officine de barbouzes.
En France, hiver 2001. Lionel Jospin est Premier Ministre. Des pluies abondantes affectent plusieurs départements et provoquent de fortes inondations. La Somme est touchée de façon spectaculaire par la montée des eaux qui perdure et s'amplifie. Le phénomène avait alors été expliqué par des géologues et des ingénieurs des Ponts et Chaussées. Les élus en appellent à l'Etat. Puis vient le temps de la rumeur qui se transforme, dans l'esprit des habitants en complot. La Somme aurait été volontairement inondée pour protéger Paris et la Région parisienne. Donc, une main invisible aurait détourné l'eau de Paris vers la Somme. "C'est un complot", scandent élus et habitants. Rien n'y fait. Le Préfet alerte le gouvernement et Lionel Jospin fait le déplacement. Il est hué. Le Premier Ministre affirme haut et fort qu'il n'y a aucun complot. Il est appuyé par les spécialistes des services de l'Equipement et des écologistes. Un député RPR dira " On peut reprocher aux socialistes leur politique, mais certainement pas d'être complices d'un détournement d'eaux". C'était terminé, la théorie du complot a fait son oeuvre et aujourd'hui encore, des élus et des habitants de la Somme n'en démordent pas.
Etats-Unis, 1963. Marilyn Monroe a été trouvé morte dans sa résidence. On savait l'actrice mortifiée, malade et consommatrice de médicaments et autres substances. Dans son entourage l'inquiétude primait. Rien dans sa vie privée, tumulueuse sur tous les plans, ne pouvait déboucher sur un hypothétique crime. Pourtant, rapidement vint le temps de la rumeur, elle aussi transformée en complot. Plusieurs hypothèses étaient avancées, notamment son l'assassinat par le clan Kennedy, ou la mafia. L'Amérique avait fait, du symbole de femme fatale, une victime expiatoire.
Etats-Unis, 1977. Elvis Presley tombe d'une crise cardiaque à l'âge de 42 ans. Le King est pleuré par le monde entier et l'Empire du rock est orphelin. Des dizaines, des centaines de milliers, et plus encore, de fans de tous âges, déferlent sur Memphis pour un dernier adieu. Le Mythe est toujours vivant et pour cause. Une rumeur s'installe quelques semaines après ses funérailles. Elvis n'est pas mort, il vit, paralysé, sur une île du Pacifique. Sa mort serait fictive. Ne voulant pas réaparaitre avec sa maladie, il aurait choisi son exil, définitif. Aujourd'hui, beaucoup de fans américains continuent de croire en cette légende, mais elle s'estompe, tout de même, avec les nouvelles générations.
Cap Kennedy, Etats-Unis. Décollés à bord d'Apollo 11, le 16 juillet 1967, les trois Astronautes américains, Buzz Aldrin, Michael Collins et Neil Amstrong, se posent sur la lune le 20 juillet. Le monde entier est sidéré. Le rêve des américains s'est réalisé. Peu de temps après les premières rumeurs démarrent. C'est un complot des faucons de la Maison Blanche et de la NASA. Tout cela c'est du cinéma. La réalité est bien différente. Pour stopper les travaux spatiaux des soviétiques, la NASA a imaginé un alunissage tourné dans un désert du Texas où ont été montés des studios de type hollywoodiens. L'histoire est toujours d'actualité. Films, reportages, documentaires, pulullent sur Internet. Les adeptes de cette théorie du complot sont toujours très nombreux. Il y a ceux qui ont rêvé de l'aventure, la vraie, et d'autres qui phantasment sur le doute qu'ils s'imposent à eux-mêmes.
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